De la caissière à l'écrivaine, Anna Sam se dévoile.
Il y a 1 an, nous avions découvert le blog d’Anna Sam, caissière qui racontait ses anecdotes sur son blog « caissière no futur ». Elle avait accepté de répondre à une interview ; depuis Anna a démissionné et s’est consacrée à son livre « Les tribulations d’une caissière ». Elle partage, une fois de plus, avec nous, ses impressions sur ce succès.
DE LA CAISSIERE A LA BLOGUEUSE
Bonjour Anna,
1/ Il y a presqu’un an, tu nous parlais de ton blog en t’étonnant un peu de son succès sur la toile. En te replongeant à cette époque, peux-tu nous donner un peu tes sentiments sur la création de ton blog ?
Ouvert un peu par hasard, j'ai très vite pris goût à écrire et décrire ce quotidien derrière une caisse de supermarché. Quand j'ai constaté l'intérêt grandissant de la part des lecteurs, je n'ai pu que continuer dans cette voie là.
Aujourd'hui, je me dis : j'ai quand même pris une sacrée bonne décision ce jour d'avril 2007 parce que depuis un an, qu'est-ce qu'on en a parlé des caissières... Et tant mieux ! Plus on met en avant toutes ces professions mal estimées, plus on parvient à faire évoluer les mentalités.
En tout cas, cela montre une chose essentielle : les mots ont encore un sacré pouvoir et internet un puissant médiateur...
2/ Tu as ouvert ce blog un peu par hasard, parce que tout le monde te conseillait d’écrire tes histoires de caisses…
Eh oui, lorsque je rentrai du travail, j'avais l'habitude de raconter des anecdotes et je les tournai presque toujours de manière à faire rire mes interlocuteurs. Il était temps d'en consigner une partie par écrit...
3/ Tu t’es toujours donné une ligne de conduite il me semble et n’a jamais dénigré les clients au profit des caissières.
Quand j'ai commencé à écrire, je m'étais fixée un objectif : redorer ce métier plutôt malmené en racontant des histoires de manière rigolote. Car quoi de mieux que le rire pour expliquer des situations parfois incroyables et faire réagir au mieux les lecteurs.
Autrement, je n'ai jamais voulu raconter d'histoires humiliant des gens, que ce soit du côté employé que du côté clientèle, on a tous notre dignité et je ne voulais surtout pas manquer de respect à qui que ce soit.
4/ Lors de la dernière interview, tu étais encore caissière et la révolution n’avait pas encore commencé ;) Raconte-nous comment ça s’est passé avec les journalistes et la maison d’édition :
Ouh là... Je vais faire la version courte car sinon, j'en ai pour un moment à tout vous raconter.
Rétrospective sélective :
Début décembre 07 : je pose ma démission parce que j'avais besoin de chercher un emploi plus en accord avec mes études. Le lendemain (le hasard de la vie !), un article de presse paraît dans un journal régional Le Télégramme. Et c'est à partir de ce jour que tout à réellement démarré. La presse régionale s'est de suite intéressée à mon blog et à mon parcours. Un mois plus tard, je me retrouvai sur des plateaux télés nationaux (comme dans les émissions de Ruquier et de Drucker).
Parallèlement à cela, j'ai eu des contacts avec plusieurs maisons d'édition qui s'intéressaient à mon blog et m'ont proposé d'en sortir un livre. J'ai donc pu choisir avec quelle maison j'avais envie de travailler, celle qui me laissait la possibilité de faire le livre que je voulais. Et lorsque j'ai eu un mail de François Azouvi, éditeur chez Stock, j'ai cru rêver... car pour moi, c'est une des plus belles maisons d'édition française par leur catalogue de livres et par les auteurs qu'ils publient.
Et depuis janvier 08 (un an déjà !), j'ai troqué mon statut de caissière à celui d'auteur.
DE LA BLOGUEUSE A L’ECRIVAINE
5/ Comment passe-t-on d’un blog à un livre : Il faut choisir des textes, écrire des récits exclusifs… ?
J'ai eu un éditeur génial qui m'a beaucoup aidé pour la construction du livre. Au final, nous avons choisi ensemble les histoires qui seraient publiées et puis il a fallu tout retravailler car si une histoire se lit plutôt bien sur un blog, j'ai toujours dit que ces textes parus sur le net étaient comme des feuilles de brouillon qui demandaient encore des corrections et des améliorations. Du coup, j'ai été encore une fois soutenue par mon éditeur et par les précieux conseils d'une auteur de Stock. Et il y a en plus quelques histoires supplémentaires, certaines qui à mon sens, n'avaient pas leur place sur le blog et qui demandaient une vraie réflexion avant de les coucher par écrit.
Trois mois plus tard, le manuscrit était prêt. Je ne peux même pas vous dire le plaisir que j'ai eu à envoyer à mon éditeur le mail pour lui annoncer la nouvelle ce jour-là...
6/ Le livre a eu très rapidement un gros succès… Tu as été dans le top des ventes il me semble non ?
Oui et pour ma plus grande joie ! Il a fait partie des best-sellers de l'été et est resté dans le top des ventes de juin à fin septembre... Assez incroyable pour un premier roman...
Et cet été, je me suis souvent imaginée les gens lire ce livre sur la plage...
7/ Comment gère-t-on tout ça ? Ce passage du blog au statut d’écrivain…
Difficile de répondre, en fait, ce qui est le plus étrange, c'est d'être prise au sérieux et d'avoir un vrai crédit lorsque je rencontre des journalistes.
8/ Tu es devenue un peu la porte-parole des caissières pour améliorer leurs conditions. Tu as pu rencontrer des personnes influentes et importantes dans le domaine. Qu'en penses-tu pour l'avenir ?
Porte-parole c'est un grand mot, par contre, c'est vrai que régulièrement, je suis sollicitée pour parler des conditions de travail, d'expliquer encore et encore les difficultés du métier, les avancées possibles, les contraintes que l'on ne voit pas toujours, mais aussi les efforts faits par certaines sociétés pour améliorer les conditions de travail. Bref, il y a beaucoup à dire et encore énormément à faire.
J'ai effectivement rencontré des personnalités influentes, j'ai ainsi été conviée mi-décembre à une conférence de presse à l'Assemblée Nationale organisée par le vice-président de l'Assemblée Marc Le Fur afin de parler de ce qu'impliquerait l'ouverture généralisée des magasins le dimanche pour les employés. J'ai ainsi pu dire tout haut ce que beaucoup d'employés de caisse disent tout bas : le volontariat illusoire, le faux choix de travailler le dimanche (quand un salaire est très bas, difficile de refuser 50 ou 100 € de plus sur un mois...). Ceci dit, je ne fais pas d'illusion, mon intervention n'a pas révolutionné la proposition de loi, mais au moins, j'aurais essayé !
9/ A l’heure actuelle, combien de livres ont été vendus ? Ta fortune approche t’elle désormais celle de JK ROWLING ? :)
Hem... Les Harry Potter se sont vendus à des dizaines de millions d'exemplaires, traduits en multiples langues, des films qui cartonnent... Je suis encore très loin de tout ça ;) (j'ai encore du chemin à parcourir pour atteindre son niveau hu hu).
Ceci dit, on est arrivé à quelque chose comme 100 000 exemplaires vendus en France. Ce qui est un score tout à fait exceptionnel et il a dépassé tous mes espoirs.
10/ Ton livre est traduit dans d’autres langues également…
Le livre est traduit en plusieurs langues : néerlandais, allemand, italien, espagnol, portugais, taiwanais... Il est sorti début novembre aux Pays-Bas et dans plusieurs pays d'ici fin janvier. D'ailleurs, je pars quelques jours en Italie pour la sortie du livre à la fin du mois.
Les droits ont été cédés pour plusieurs types d'adaptations également : ciné (je suis bien curieuse de découvrir le scénario !), théâtre (j'ai lu la pièce et elle est hilarante ! J'espère que cela va aboutir) et bande dessinée (les premiers essais sont très encourageants) qui sortira en mai prochain.
On risque donc d'entendre parler encore un moment des caissières... ;)
11/ Comment vois-tu la suite de ton blog ?
Pour l'instant, il tourne toujours, j'y rajoute régulièrement des articles et aussi les histoires que de nombreux internautes m'ont raconté. Ainsi, tout le monde peut participer. Après tout, on a tous nos anecdotes à raconter, côté caisse et côté consommateur.
12/ Et la suite de tes aventures d’écrivaine ?
Je travaille (quand j'ai le temps...) sur un autre projet livre, en fait, il est très difficile de s'arrêter à un seul bouquin. Le thème en lui-même, je le garde encore pour moi, ce sera par contre toujours sur notre quotidien, sur tous nos petits travers et les dysfonctionnements qu'on rencontre dans la société... Vaste programme en fait !
Merci pour le temps que tu nous as accordé et très bonne continuation pour la suite !
Merci et je profite de l'occasion pour souhaiter tous mes vœux à tous les blogueurs d'OB et que vos projets, même les plus fous, aboutissent !
Quand on a la possibilité de s'exprimer, on imagine rarement la portée que peuvent atteindre ses paroles. Quand j'y repense : pour moi, tout a basculé après avoir mon blog... et je ne suis pas la seule dans ce cas. Alors, pourquoi pas vous ?
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