Ruedutheatre est devenu la marque de référence sur le Net en matière d’information théâtrale.

OB/ Journaliste et professeur aussi, parlez-nous un peu de vous…
Je suis effectivement journaliste radio sur les sujets européens, mon émission est diffusée en Belgique sur BFM (équivalent Outre-Quiévrain de France Info) ; je coordonne également la pédagogie de séminaires sur le journalisme européen dans différentes formation de journalisme en France pour le compte de l’Association des Journalistes Européens, dont je suis vice-président pour la France ; et j’enseigne à titre personnel les nouveaux médias (Internet, blogs, gratuits) depuis trois ans. J’ai commencé le journalisme en couvrant la nouvelle économie de 1997 à 2001 pour le Figaro, ARTE, Europe 1…
OB/ Rueduthéâtre « le magazine du théâtre européen »… Pouvez-vous nous en parler ?
Ruedutheatre a d’abord été lancé en 2003, peu avant la crise des intermittents qui devait conduire à l’annulation du festival d’Avignon la même année (au moins le IN). C’était un blog à quatre mains pour s’affranchir des contraintes imposées par les autres médias qui nous accréditaient habituellement. Aussi un moyen de rendre service aux spectateurs qui cherchent à séparer le bon grain de l’ivraie quand, dans le Off, 800 spectacles se jouent chaque jour… La crise de 2003 nous a fait émerger.
Et puis en 2006, par le hasard, par une volonté de ma part aussi, le réseau s’est élargi en région et en Europe et nous comptons aujourd’hui une trentaine de collaborateurs, majoritairement des journalistes professionnels, dans 6 pays européens. Avec le désir de s’étendre toujours. Nous couvrons Avignon mais aussi depuis janvier 2006 les saisons à Paris, Lyon, Lille, etc… Bruxelles, Madrid, Berlin, Rome et nous démarrons prochainement Londres… Et bientôt allons nous déplacer sur d’autres festivals.
OB/ L’idée d’en faire un blog, c’était pour diffuser sur le nouveau média du web ou une envie de toucher un autre public ?
D’abord, au plan éditorial, j’ai fait le choix du Web pour commencer, car la critique théâtrale,, mais c’est vrai pour la culture de façon générale, est réduite à portion congrue dans les médias traditionnels. Il y a avait un espace à prendre.
Pourquoi le blog ensuite ? C’est la praticité formidabe et l’aspect ludique pour publier qui m’ont d’abord séduit, ne possédant aucune compétence informatique. Et trouvant les éditeurs html, les questions des serveurs et du FTP très compliqués.
Ensuite, j’ai choisi Over-Blog car la plate-forme a été fondée par des spécialistes du référencement, me soulageant d’un travail primordial mais épineux et aussi parce que je ne me voyais pas imposer de publicité parasitaire.
Je suis vraiment satisfait aujourd’hui de constater que nous sommes chaque mois 20 fois plus lus que le rescapé des magazines papiers sur le théâtre.
OB/ Vous êtes donc une équipe de différents horizons à participer à la mise à jour du blog ?
Oui, c’est un blog collaboratif ou collectif. Le seul souci rencontré aujourd’hui, c’est qu’une seule personne peut se connecter à la fois et effectuer les mises à jour avec un même code. J’attends impatiemment la possibilité de pouvoir distribuer des droits spécifiques à chacun (écrire, publier etc) comme sur Spip par exemple. OB devrait y réfléchir car beaucoup de blogs prennent de l’ampleur et deviennent collectifs. Ce serait un vrai plus.
OB/ J’ai remarqué que vous participiez au Festival d’Avignon, un sujet qui vous tient à cœur, je vous laisse la tribune libre pour nous parler de ce rendez-vous annuel…
Chaque année, Avignon offre un foisonnement sans égal où se rencontrent les compagnies, les auteurs, les metteurs en scène de chaque région. Il y a le IN et sa vingtaine de spectacles souvent un peu élitistes, de grosses productions qui passent ou qui cassent aux yeux des spectateurs. Et la richesse à nulle autre pareil du Off déjà évoqué, sans boussole pour se guider vers les bons spectacles.
Nous sommes cette année 16 envoyés spéciaux à Avignon (15 l’an dernier) pour assurer une couverture large (15 critiques dans le IN, environ 150 dans le Off).
OB/ Au bout de 4 ans de couverture d’un événement pareil, a-t-on une vision différente des choses ?
Forcément oui, car les autres ont une vision différente de Ruedutheatre aussi ; désormais nous sommes lus, appréciés, sollicités, notamment dans le Off où les compagnies ont du mal à faire venir les journalistes, nos papiers sont affichés devant les théâtres, repris dans les dossiers de presse et le programme du Off, le IN a accédé cette année à nos demandes d’ accréditations sans broncher… Et puis le monde change et l’on sent bien que du Web émerge de nouveaux acteurs médiatiques tout aussi influents, davantage lus et qui conservent la mémoire des écrits…
Et puis, bien qu’en mode bénévole, nous essayons de tenir la qualité à un niveau d’exigence élevé, ce qui crédibilise notre réseau ; et puis nous ont rejoint des profils expérimentés des anciens de la presse locale sur Avignon, et aussi dans d’autres régions françaises.
Bref, Ruedutheatre est devenu la marque de référence sur le Net en matière d’information théâtrale. Au-delà du blog et de ses fonctionnalités, notamment celle de laisser des commentaires, nous sommes avant tout perçus comme le quotidien du festival pour la 5e année, comme un magazine européen le reste du temps.
OB/ En tant que professeur de journalisme à Paris, de quoi êtes-vous le plus fier pour vos élèves ?
J’explique à mes étudiants en journalisme que le métier passe par d’autres voies que les traditionnelles. Il faut penser un sujet sur un mode multimédia par exemple, apprendre à écrire pour les nouveaux formats et se dire que le Web offre des débouchés réels à terme. Beaucoup sont recrutés par les .com de certains médias classiques ou font des stages chez eux.
Ensuite, je leur fait ouvrir un blog pour au moins diffuser leur book, leur savoir-faire, et je les incite à tenir un blog sur un sujet. Sans leur imposer l’exercice, ce serait contraire à l’exercice de la liberté individuelle qu’induit le blog.
Je suis très satisfait quand une étudiante me dit par exemple qu’elle a obtenu un stage grâce à son blog qui a été la cerise sur la gâteau appréciée par le rédacteur en chef d’un grand quotidien de référence.
En mai dernier, CNN, associé au Centre de Formation des Journalistes où j’enseigne principalement, a remis un prix européen du blog ; sur plus de 120 postulants de toute l’Europe, une distinction a été remise à 12 jeunes journalistes blogueurs des écoles. 5 de mes étudiants sur 12 se sont classés dans le palmarès (CFJ à Paris et Ihecs à Bruxelles). L’un d’entre eux a obtenu le 2e prix.
C’est bien qu’on puisse se dire que les journalistes, aussi, ont le droit de bloguer
OB/ Arrêter ce blog et construire un autre projet, vous y avez déjà pensé ?
Je compte bien plutôt me concentrer sur ce blog et voir dans quelle mesure le monétiser. Pour l’instant, il tient debout grâce à notre « amour de l’art ». Mais des signes nous encouragent pour passer à la vitesse supérieure et profiter de notre position de leader comme on dit.
Pour Avignon 2007 par exemple, nous avons été partenaires du quotidien Métro qui a créé sur sa version numérique un site événementiel sur le festival alimenté exclusivement par les équipes de Ruedutheatre ; Métro a aussi communiqué sur la version papier (2 millions de lecteurs par jour tout de même) sur la couverture par nous de cet événement théâtral annuel majeur.
Le « problème » aujourd’hui, c’est que tout le monde peut facilement ouvrir son blog, vous imaginez bien que se développent aussi d’autres projets qui, s’ils en sont à l’âge de pierre, viennent toutefois semer la confusion entre production journalistique et production citoyenne. Mon objectif à court terme, c’est donc de pouvoir rémunérer les critiques qui écrivent et entrer dans le cercle vertueux de la production éditoriale pour créer à proprement parler un magazine de référence, à échelle européenne, et à forte audience.
Merci de nous avoir accordé du temps
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