Le bac vu par Soph’

Par Soph’ (les toujours ouvrables) , le 17 Juin 2009

 

Pour l'édito d'Overblog, nous ferons appel à des blogueurs spécialistes dans leur domaine. Le bac est l'occasion de laisser la parole à Soph', prof depuis des années, qui dessine et raconte tous les jours sa vie de prof sur le blog des "Toujours Ouvrables", plusieurs fois édité et récompensé. Les élèves d'aujourd'hui y sont gentiment "caricaturés" avec un humour bien tranché. 

 

Si comme Kévin*, revendeur de cannabis dans le 93 vous pensez que « le bac sa serre a rien », cet édito vous parlera peu.

Si à contrario vous faites partie des 622 322  candidats du cru 2009 ayant tout misé sur ce fameux sésame, c’est une autre affaire.... Cet édito vous concerne déjà plus....

Cet édito vous concerne car ce  bac, vous y pensez depuis un bon moment... à vrai dire depuis le résultat des épreuves de français qui vous ont  collé d’emblée 29 points de retard tout ça « passque je croyais que « Nana » d’Emile Zola c’était un livre sur les règles  ».

Vous y avez donc tout sacrifié: la finale de Roland Garros, renonçant aux coupures pub pour aller « réviser un truc », avez réduit votre temps de chat sur Msn de moitié n’y passant plus que 35 heures par semaine, arpenté les sites de statistiques afin d’être sûr que le sujet tomberait pas sur « le SEUL truc que j’ai pas révisé » , corrompu la fille du recteur en espérant des fuites,  avalé du Guronzan par litres...

Bref, vous avez travaillé comme un malade... relu vos cours trois ou quatre fois le mois passé en baissant la musique histoire d’optimiser une concentration déjà bien attaquée par l’ingurgitation massive et continue d’excitants...

Et ça y est !!! Après une année de stress, c’est le grand jour !!

Ce matin, vous vous êtes levé à 5 heures au terme d’une nuit agitée, avez préparé votre bouteille de coca pour dire de pas risquer de crever de soif pendant la philo , le paquet de biscuits avec l’emballage qui fait du bruit histoire de bien faire chier le voisin,  vérifié 12 fois que votre convocation était bien au fond de votre sac, lovée contre votre carte d’identité immonde de quand vous aviez 13 ans et des pustules plein la tronche , brossé vos dents, et prié pour que les bus ne fassent pas grève. C’est alors que vous vous êtes rendu compte qu’il n’était que 5 heures 35 du matin et que c’était quand même pas malin de s’être levé si tôt...

6h30 : Vous êtes arrivé mi transpirant, mi comateux devant les grilles du lycée une heure et demi avant l’ouverture, avez allumé une clope puis une autre et encore une autre, retrouvé vos potes déjà là eux aussi, en train de se ronger les ongles, de boire du coca ou de pleurer parce qu’ils venaient de se rendre compte qu’ils avaient oublié leur convocation ou que la calculatrice était interdite en philo... le décor, l’ambiance étaient plantés, certains de vos camarades aussi.

Le temps passant, vous êtes allés consulter fébrilement les listes des candidats et vous êtes rendus dans la salle qui vous était attitrée pour réaliser avec horreur que vous alliez plancher à côté de Denis-Louis*, 13 ans, le plus jeune candidat de France, 18 de moyenne. Vous avez immédiatement senti la pression augmenter d’un cran, mais pas autant que pour votre copain Benoît qui lui plancherait derrière Gaston* 73 ans, plus vieux candidat de France,  tentant pour la 55eme fois de décrocher le fameux sésame et trouvant l’examen je cite « super dur ».

8h ont sonné. Les appariteurs ont exigé le silence et distribué les sujets : « Existe t-il une séparation entre le corps et l’esprit, et si oui, lequel est-il préférable d’avoir ? »  (Woody Allen). Bien sûr, il fallait que ça tombe sur le seul philosophe que vous aviez zappé lors de vos révisions. Vous êtes dégoûté.

12h, les appariteurs ont fermé leurs recueils de sudoku, les copies ont été rassemblées. Vous quittez la salle, sonné, avec une monstrueuse envie d’uriner (les 2 litres 5 de coca ingérés durant l’épreuve). Vous en êtes sûr, vous avez planté la philo, c’est fini.

12h. Comme 87,7% des élèves, vous déprimez,  c’est certain, vous n’aurez pas le bac cette année et  finirez comme Gaston ; votre père vous reniera et vous serez déshérité.

Mais surtout vous n'êtes plus loin de penser que non, vraiment, "le bac sa serre a rien".

(* les prénoms ont été modifiés)

 

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