La Lune, le plus beau balcon de la Terre

Par Alain Cirou (Ciel et Espace), le 20 Juillet 2009

Difficile d'échapper à la Lune cette semaine ! A croire qu'elle se prépare à lancer - via une super agence de com - ses premiers voyages privés pour découvrir sa face cachée… Couvertures de magazines, numéros spéciaux avec Dvd anniversaire, émissions sur toutes les télés et rendez-vous exceptionnels sur les radios, nous allons vivre les jours qui viennent à l'heure de l'astre sélène. D'autant que la star de nos nuits en éclipsera une autre mercredi, celle de nos jours, en dissimulant le Soleil pendant plus de six minutes sur une ligne Inde-Chine-Japon.

L'éclipse totale de Soleil la plus longue de ce siècle ne sera malheureusement pas visible en Europe qui, Année mondiale de l'Astronomie oblige, fêtera le week-end prochain les Nuits des étoiles en invitant le public sur des sites publics où l'on pourra observer le croissant... de Lune !

Hasard des calendriers : il y a quatre siècles, le savant pisan Galilée braquait pour la première fois une lunette vers le ciel et découvrait que la Lune n'était pas le corps lisse qu'on imaginait. Que le ciel était comme la Terre, corruptible et imparfait. Et il y a quatre décennies aussi, dans la nuit du 20 au 21 juillet 69, les astronautes Neil Armstrong et Buzz Aldrin, foulaient de leurs bottes le sol poussiéreux de la mer de la Tranquillité.

Venus « en paix au nom de toute l'humanité » ils lavaient définitivement l'affront porté à l'Amérique par le Spoutnik soviétique et Gagarine, le premier « cosmonaute de l'humanité ». Fille des rêves, de la fiction puis de la guerre, la fusée qui fit propulsa l'Homme hors de son berceau est elle aussi entachée des ravages du feu. Destinée avant toute chose à bombarder les pays alliés contre l'Allemagne nazie, puis à répandre la terreur nucléaire depuis les steppes du Kazakhstan sur les villes américaines, elle ouvrit pourtant la porte au monde dans lequel nous vivons.

Et ce n'est pas le moindre des paradoxes ! Alors que nous partions explorer de nouvelles frontières - selon l'expression consacrée de la mythologie américaine - les astronautes nous tendaient un miroir. Depuis le satellite naturel de la Terre, hostile, gris et sans vie, se levait une planète bleue, magnifique, vivante et fragile, sur laquelle tous les terriens vivaient à l'unisson des exploits d'Apollo.

En direct à plus d'une seconde lumière de là, casqués et bottés, nos premiers envoyés extraterrestres allaient reproduire l'expérience de Galilée en laissant tomber au sol en même temps une plume et un marteau, ramasser des cailloux qui prouvent que les deux astres ont un histoire commune, et enfin, inaugurer la mondialisation des moyens de communication en éveillant notre conscience environnementale.

Apollo, Galilée et la Lune, c'est bien évidemment la sortie du monde clos dans lequel nous étions enfermés, mais c'est aussi et surtout, la démonstration que sciences et techniques, alliées à l'efficacité de l'organisation humaine, peuvent nous conduire à révolutionner le monde. Nous pensions que notre destin était ailleurs alors que dans ce monde fini, cette planète aux ressources limitées, notre seul espoir de continuer le voyage sur le vaisseau Terre est d'organiser le partage et la gestion des richesses.

C'est en regardant la Lune qu'on peut aussi s'en souvenir, ce miroir bosselé sur lequel se sont transformés nos rêves, ce promontoire sans égal sur notre oasis de vie dans l'Univers. Bonnes observations à tous ceux qui jetteront un œil à la lunette et au télescope : pour le spectacle, la Lune est généreuse !

 


Alain Cirou est le rédacteur en chef du magazine mensuel Ciel et Espace, édité par l'Association Française d'Astronomie. Depuis plusieurs décennies, Ciel et Espace s'est caractérisé comme le magazine de référence en matière d'Astronomie. Il permet une plus grande accessibilité des informations au grand public, tout en conservant une rigueur scientifique.

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